Biennale de la photographie et de la ville de Sedan 2025.
Château - for intérieur

L’idée générale de cette biennale s’articule autour du constat que nos sociétés se replient de plus en plus sur elle-même, que la relation aux autres passe de plus en plus exclusivement par l’intermédiaire de petits écrans individuels, que les valeurs humanistes se détricotent au profit du profit, que les inégalités entre les couches sociales, entre les villes et les campagnes se creusent de plus en plus, et que l’attention à l’environnement se détériore allègrement, que « l’habitabilité de la terre » pour citer Bruno Latour est mise en danger pour la première fois de notre histoire.

L’argument de Château / for intérieur est de mettre en perspective l’expression de la puissance et du pouvoir figuré par le château-fort, face aux relatives fragilités des états d’âmes du for intérieur (qui vient de latin forum, la place publique) de tout un chacun, invitant à la rencontre et à la rêverie poétique.

Les photographes réunis ici, prennent plaisir à faire corps avec la consistance du monde (l’air, l’eau, la forêt, le désert, la ville, les gens…), sans toutefois nier sa rudesse et ses aspérités, et existent dans une forme d'empathie vis-à-vis des gens, de la lumière et des choses

 C’est peut-être une des traditions du territoire de la Wallonie dont ils proviennent tous, à travers deux générations d’artistes (un demi-siècle sépare la plus jeune des plus anciens) que de se saisir d’un espace où il est naturel de cultiver son jardin, d’en prendre soin, de respecter les rythmes et d’écouter les saisons.

Ainsi Lucia Radochonska et Jean Louis Vanesch explorent le jardin de leur maison et ses prairies
proches,
Daniel Michiels protège de son regard complice son grand jardin ardennais,
raconte sa maternité et ses amitiés dans les lisières colorées de la nature,
Charline De Resve s’éveille à la beauté de son corps parmi les forces de vie qui l’entoure,
Jean-Paul Brohez regarde autour de lui, propose une série d’images ouvertes à toute interprétation ludique,
Alain Janssens se nourrit de la vanité et de la sensualité fugitive qui se glisse dans les interstices du fil des jours,
Marc Wendelski traque failles et fissures dans l’impitoyable guerre à la terre en en faisant jaillir
sa sève,
Olivier Cornil habite les gestes, les rires et la beauté de ses proches,
Thomas Chable use ses souliers dans les déserts de l’Ethiopie ou pagaie sur les lacs écossais,
Alexandre Christiaens vogue sur les vagues des océans ou dans les grandes plaines du Chili,
Brigitte Grignet cherche l’âme soeur partout où c’est possible, en Palestine, au Chili ou, comme ic au Mexique,
Philippe Herbet écrit et photographie son errance en Asie, en Biélorussie en goûtant la joie des
rencontres simples et sans calcul,
Matthieu Litt se fond dans l’immensité et les transparences du Groendland.
Céline Lecomte (F), en charge des animations dans les écoles, recherche les représentations de
la nature dans les décors citadins et ruraux qu’elle traverse.
Ce qui lient ces photographes, c’est la volonté qu’ils ont, d’abord et avant tout, d’être exigeant
avec une forme photographique en conformité avec leurs rêves, ce sont des artistes-artisans qui vivent leur pratique comme quelque chose d’inévitable et de profondément simple.

Alain Janssens, commissaire

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