Coupe AA - 2018
Un projet, deux regards !
Celui d’un architecte qui essaie de faire comprendre ce qu’il voudrait faire comprendre. Et celui d’un photographe qui cherche à imaginer à partir de ce qui a été compris. Ce qui envahit de prime abord le regard, c’est la monumentalité des hauteurs vertigineuses et sculpturales, la brutalité et la rugosité des piliers de béton brut, la puissance des forces mises en présences, deus ex machina, c’est la révélation des entrailles d’une machinerie antique, portes, colonnes et vastes salles, c’est ce geste de dépouillement qui déchire la grotte primitive et accouche de la complexité lumineuse des espaces retrouvés
Démolir au plus près des os. Retrouver l’origine organique d’une partie du bâtiment, lui insuffler un souffle nouveau. D’abord dans de grands courants d’air. Plus délicatement dans le rythme des espaces multiples qui apparaissent et (se) défilent. La complexité exigeante des circulations et l’implantation dans une parcelle à trois branches, incitent à la déambulation intuitive. Le rapport des échelles et des niveaux structurant les itinéraires.
La découverte de ce chantier, d’un cinéma de papier, stimule un imaginaire où la fiction et la réalité fusionnent, où les abondantes scènes de destructions et d’éboulis claquent, où les signes déposés ici et là comme autant de strates sédimentaires, renvoient à autant de hors champs. Où les couleurs en clair-obscur aiguisent le goût des représentations. Où les bleus sourds de poussières d’ombre côtoient les ors brillants et légers du soleil, plus souvent les rouges orangés des feux électriques des ouvriers. Où les cyans transparents tombant d’un ciel d’azur soulèvent les colonnes sans effort apparent. Ponctuée par quelques plafond très bas, l’espace se perd verticalement dans les cintres, dans les rythmes dominants du gradin inversé, et le regard glisse sans peine dans le ciel de la cage de verre argentée, tandis que l’horizontalité rasante des tunnels d’accès aux salles, et leur promesse de voyage imminent, dépose au bout des pas un ailleurs presqu’infini.
Le chantier s’apaise, silence, on tourne…
Alain Janssens, 15 février 2018
Dessins et croquis Alain Richard
Photographies Alain Janssens
Formats 27 × 18 cm
Impression presse numérique
104 pages quadri. Couverture souple
Conception graphique : double page
Malgré tout asbl, éditeur